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Dans le monde entier, le nouvel an est l’occasion de fêtes magnifiques et de feux d’artifice grandioses. Chaque pays, voire chaque ville, possède ses propres traditions. À Vienne, il en est une incontournable pour tous les mélomanes du monde : le Neujahrskonzert, le Concert du Nouvel An, donnée chaque année par l’Orchestre philharmonique de Vienne dans la Salle Dorée du Musikverein décorée pour l’occasion de dizaines de milliers de fleurs venues de Sanremo en Italie.

D’où vient le Concert du Nouvel An ?

Paradoxalement, le premier Concert du Nouvel An eut lieu en 1939, le soir de la Saint-Sylvestre. Alors que l’Anschluss avait eu lieu un an et demi auparavant et que la Seconde Guerre Mondiale faisait rage depuis quelques mois, un « concert exceptionnel » fut donné au profit de la Kriegswinterhilfswerk, projet de la Croix Rouge inauguré par Adolphe Hitler venant en aide aux soldats blessés. Pendant la guerre, il y eut également un concert célébrant chaque nouvelle année, sous la direction de Clemens Krauss, qui fut ensuite suspendu par les Alliés lors d’investigations. Il reprit la tête du Philharmonique de Vienne en 1947 jusqu’à sa mort. Par la suite complètement coupé de ses origines guerrières, le Concert du Nouvel An a connu quinze chefs d’orchestre différents, dont Willi Boskovsky, qui le dirigea pendant 25 ans, ou George Prêtre, premier (et seul) Français à avoir dirigé un Concert du Nouvel An, ce qu’il fit par deux fois en 2008 et 2010.

Que joue-t-on lors du Concert du Nouvel An ?

Même si le programme varie cependant d’une année sur l’autre, ce sont surtout les œuvres de la famille Strauss (Johann I, Johann II, Josef et Eduard) qui sont à l’honneur lors du Concert du Nouvel An. La musique de quelques musiciens, principalement autrichiens, a également pu être entendue le 1er janvier dans les murs du Musikverein.

Il est à noter que deux morceaux, deux bis, concluent traditionnellement le concert. Le Beau Danube bleu, sans aucun doute la plus célèbre des valses, est interrompu par les applaudissements du public dès que les premières notes résonnent dans la Salle Dorée, permettant ainsi au chef d’orchestre et aux musiciens de souhaiter la bonne année aux spectateurs avant de reprendre le morceau. Arrivent finalement le dernier rappel et son roulement de tambour caractéristique. La Marche de Radetzky, œuvre nommée en l’honneur du maréchal Josef Radetzky, héros de guerre qui permit à François-Joseph de monter sur le trône, a une importance toute particulière dans le cœur des spectateurs qui ont la possibilité de participer à l’exécution de cette œuvre en frappant des mains en rythme. Le chef d’orchestre dirige alors conjointement le public et les musiciens dans une harmonie et synchronie que l’on jurerait répétées de longue date, et pourtant…

 Et en 2012 ?

Cette année, le Concert du Nouvel An aura, comme toujours, lieu le 30 et le 31 décembre, ainsi que le 1er janvier. C’est Mariss Jansons qui dirigera l’Orchestre philharmonique de Vienne. Le chef d’orchestre letton avait déjà occupé avec succès cette prestigieuse position lors du Concert du Nouvel An de 2006. Celui de cette année sera retransmis dans 72 pays sur les cinq continents pour une audience estimée à cinquante millions de téléspectateurs, offrant à l’Autriche un rayonnement international, héritage de la grandeur de l’empire Habsbourg. En outre, le Concert du Nouvel An est si populaire dans le monde que, pour y assister, les spectateurs ont dû s’inscrire en janvier 2011.

Dans quelques jours, vous pourrez donc vous inscrire pour vous rendre à l’un des trois concerts identiques donnés par l’Orchestre philharmonique de Vienne : la Répétition Générale, le Concert de la Saint-Sylvestre et le Concert du Nouvel An 2013. Attention, il ne s’agit en aucun cas d’une réservation. En effet, les organisateurs, dans un souci d’équité, ont mis en place un système pour le moins original : un tirage au sort. Ainsi, à moins de posséder des relations haut placées, il faut donc vous en remettre à votre bonne étoile pour satisfaire votre mélomanie.

Liens :

Site officiel du concert du nouvel an

Participer au tirage au sort

En savoir plus sur l’orchestre philharmonique de Vienne

Vienne à la Saint Sylvestre

  De nombreux genres musicaux sont connus dans le monde entier et circulent facilement d’une culture à l’autre. Cependant, certains genres de musique ne nous sont pas familiers mais peuvent néanmoins nous plaire par leur caractère exotique. Pour une oreille européenne, par exemple, la samba revêt un caractère festif alors que la musique chinoise traditionnelle est plutôt perçue comme relaxante. Ainsi, ces deux genres musicaux éveillent la curiosité et l’intérêt des Européens, qui les utilisent dans certains contextes, mais elles ne trouvent pas leur place dans la vie quotidienne dans les cultures européennes. Pourquoi ces styles de musique, comme tant d’autres, sont-ils propres à une seule culture ? Qu’est-ce qui explique que les autres cultures ne les empruntent pas comme elles ont emprunté et adopté le jazz, la pop etc. ? La lecture de l’œuvre de l’anthropologue américain Edward T. Hall nous permet de comprendre ce phénomène.

Au-delà de la culture

  Dans Au-delà de la culture, Edward T. Hall introduit la notion de synchronie, qu’il reprendra dans La danse de la vie. Dans les années 1960, William Condon a mis ce concept en évidence en analysant image par image des films montrant des personnes en train de discuter. Il a ainsi montré que, lorsque plusieurs personnes interagissent, leurs mouvements tendent à être synchronisés. Ces personnes ne se rendent pas toujours compte de ces mouvements (comme les battements de paupières ou l’agitation du petit doigt), et lorsqu’elles effectuent des mouvements plus amples (tels que des hochements de tête), elles donnent l’impression de danser ensemble une véritable chorégraphie sans en avoir conscience.

   William Condon a remarqué que ces mouvements étaient synchronisés avec les syllabes accentuées du discours. Cette observation montre qu’il existe un lien inconscient, lorsque nous parlons, entre notre discours et le rythme de nos mouvements. Mieux encore, la synchronie est déjà visible dans le comportement d’un nouveau-né : bien avant d’être capable de parler, un bébé synchronise ses mouvements avec la voix humaine, quelque soit la langue employée. Edward T. Hall en conclut que la synchronie est innée et universelle, et qu’elle constitue un élément fondamental du langage. Néanmoins, en grandissant, nous nous habituons au rythme de notre propre langue et nous ne parvenons plus à être synchrones avec une personne parlant une langue qui nous est étrangère. Le rythme est donc une partie de notre culture dont nous ne sommes absolument pas conscients. C’est pourquoi les peuples créent des genres musicaux en fonction du rythme de leur langue, lequel permet aux individus d’instaurer un lien avec leurs interlocuteurs. Ainsi, la musique est, pour Hall, un « consensus rythmique constitutif de la culture profonde d’un peuple ». Nous sommes tous immergés dans « un océan de rythmes » dont nous sommes inconscients mais qui constitue un facteur de cohésion des individus au sein de notre culture.

   Si un individu n’est pas synchrone avec tel ou tel rythme, il ne pourra pas être synchrone avec un morceau de musique composé sur ce même rythme. Ainsi, s’il existe un attrait évident pour ce qui est exotique, l’assimilation d’un style musical d’une culture étrangère dont le rythme est différent du nôtre se révèle difficile. C’est pourquoi de nombreux genres musicaux sont propres à une culture en particulier : on peut supposer que l’appropriation d’un genre musical par un groupe culturel dépend de la capacité de ses membres à être synchrones avec cette musique, grâce à un rythme qui leur est familier.

La Danse de la vie

   Un certain nombre d’études ont montré que les personnes qui jouent d’un instrument ou qui possèdent des connaissances musicales ont plus d’aptitudes que les autres pour l’apprentissage des langues en raison de leur plus grande faculté à en percevoir et à reproduire fidèlement l’accent. Or avoir un rythme et un accent corrects, lorsqu’on apprend une langue, est primordial, pour deux raisons au moins. D’abord parce que le rythme, l’accent et l’intonation sont ce qui véhicule les intentions, le ton, l’humour, les sous-entendus etc. Ensuite parce que, à un niveau de conscience plus profond, le rythme, l’accent et l’intonation nous permettent d’être synchrones avec un interlocuteur natif et ainsi d’attirer son attention afin que notre discours ait plus d’impact sur lui.

   Les  différences de rythme entre deux interlocuteurs peuvent donc être source d’incompréhension mais aussi de stéréotypes et de préjugés. En effet, le rythme et la manière de bouger qui lui est inhérent constituent une forme de communication non verbale. Edward T. Hall nous donne l’exemple de la démarche, qui varie beaucoup d’un groupe ethnique à l’autre : la démarche des Anglo-américains est rapide et assurée alors que celle des Latino-américains est plus « fanfaronne ». Ainsi, aux yeux d’un Anglo-américain les Latino-américains peuvent paraître orgueilleux ou même prétentieux, et un Latino-américain peut croire que les Anglo-américains sont autoritaires. Nous considérons souvent, en effet, que la manière de bouger des gens nous révèle des indications sur leur caractère. En réalité, attribuer un caractère à l’ensemble des individus appartenant un groupe ethnoculturel en se fondant uniquement sur leur apparence revient à créer un stéréotype. La manière de bouger n’est pas une question de caractère, c’est, encore une fois, une question de rythme !

Pour aller plus loin :

Au-delà de la culture, une lecture du livre d’Edward T. Hall par Claire Barthélémy

La danse de la vie, une lecture du livre d’Edward T. Hall par Claire Barthélémy

Site en anglais consacré à Edward T. Hall

Le rôle du rythme pour la discrimination des langues


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