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Il existe une tendance universelle à se vêtir. Le vêtement condense en effet de nombreux enjeux identitaires et culturels spécifiques dans la mesure où il rend visibles les aspects immatériels de l’organisation sociale et de l’univers symbolique. Plus précisément, la manière de se vêtir est à la fois conformité et distance par rapport à un même code.

Lipovetsky va jusqu’à remettre en question la notion de distinction sociale établie par Bourdieu, comme il l’écrit :

« Dans l’histoire de la mode, ce sont les valeurs et les significations culturelles modernes dignifiant en particulier Le Nouveau et l’expression de l’individualité humaine qui ont exercé un rôle prépondérant ».
Le rôle de signifiant et de signifié du vêtement est donc un objet d’étude fort pertinent dans un champ disciplinaire interculturel et terminologique, les groupes sociaux se désignant parfois eux-mêmes et entre eux par des termes reliés à leur habillement et à leur apparence (gothiques, punks, racailles, etc).

Le vêtement : un signifiant et un signifié pour la sociologie

Nous étudions le vêtement en tant que signifiant particulier d’un signifié général. C’est une expression individuelle et collective d’une structure et d’un atmosphère culturelles et sociales.
Nous nous appuyons sur le remarquable travail de Barthes, Histoire et sociologie du Vêtement, incontournable pour notre sujet. Afin d’appréhender les quatre termes clefs mentionnés plus haut comme ensemble notionnel cohérent, nous commencerons par approfondir les termes génériques de vêtement et de costume.

Une distinction sémantique s’est établie entre ces deux termes, en attribuant à vêtement les faits de protection et à costume les faits de parure. Barthes qualifie cette dichotomie « d’illusion psychologique », laquelle consiste à faire croire que le vêtement correspond à la somme d’instincts individuels. C’est cette illusion du passage de la protection à la parure que la sociologie se propose de dépasser. Ce qui est particulièrement pertinent pour nous, c’est de penser la « tendance de toute couverture corporelle à s’insérer dans un système formel organisé, normatif, consacré par la société ».
En suivant ce raisonnement, nous en concluons que le costume est d’ordre axiologique qui diffère selon la culture concernée, « à la fois système et histoire, acte individuel et institution collective ».

Cette formulation du problème intéresse d’autant plus des linguistes travaillant la différence du traitement éditorial qu’elle est construite en parallèle au concept de langage. Langage et costume, comme structures complètes constituées par un réseau de normes et de formes, sont ainsi pensés parallèlement, donnant à notre sujet une ampleur et une pertinence propices au traitement culturellement marqué de l’information sur des interfaces graphiques.

Pour aller plus loin :
Barthes Roland, Histoire et sociologie du Vêtement. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 12e année, N. 3, 1957

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  De nombreux genres musicaux sont connus dans le monde entier et circulent facilement d’une culture à l’autre. Cependant, certains genres de musique ne nous sont pas familiers mais peuvent néanmoins nous plaire par leur caractère exotique. Pour une oreille européenne, par exemple, la samba revêt un caractère festif alors que la musique chinoise traditionnelle est plutôt perçue comme relaxante. Ainsi, ces deux genres musicaux éveillent la curiosité et l’intérêt des Européens, qui les utilisent dans certains contextes, mais elles ne trouvent pas leur place dans la vie quotidienne dans les cultures européennes. Pourquoi ces styles de musique, comme tant d’autres, sont-ils propres à une seule culture ? Qu’est-ce qui explique que les autres cultures ne les empruntent pas comme elles ont emprunté et adopté le jazz, la pop etc. ? La lecture de l’œuvre de l’anthropologue américain Edward T. Hall nous permet de comprendre ce phénomène.

Au-delà de la culture

  Dans Au-delà de la culture, Edward T. Hall introduit la notion de synchronie, qu’il reprendra dans La danse de la vie. Dans les années 1960, William Condon a mis ce concept en évidence en analysant image par image des films montrant des personnes en train de discuter. Il a ainsi montré que, lorsque plusieurs personnes interagissent, leurs mouvements tendent à être synchronisés. Ces personnes ne se rendent pas toujours compte de ces mouvements (comme les battements de paupières ou l’agitation du petit doigt), et lorsqu’elles effectuent des mouvements plus amples (tels que des hochements de tête), elles donnent l’impression de danser ensemble une véritable chorégraphie sans en avoir conscience.

   William Condon a remarqué que ces mouvements étaient synchronisés avec les syllabes accentuées du discours. Cette observation montre qu’il existe un lien inconscient, lorsque nous parlons, entre notre discours et le rythme de nos mouvements. Mieux encore, la synchronie est déjà visible dans le comportement d’un nouveau-né : bien avant d’être capable de parler, un bébé synchronise ses mouvements avec la voix humaine, quelque soit la langue employée. Edward T. Hall en conclut que la synchronie est innée et universelle, et qu’elle constitue un élément fondamental du langage. Néanmoins, en grandissant, nous nous habituons au rythme de notre propre langue et nous ne parvenons plus à être synchrones avec une personne parlant une langue qui nous est étrangère. Le rythme est donc une partie de notre culture dont nous ne sommes absolument pas conscients. C’est pourquoi les peuples créent des genres musicaux en fonction du rythme de leur langue, lequel permet aux individus d’instaurer un lien avec leurs interlocuteurs. Ainsi, la musique est, pour Hall, un « consensus rythmique constitutif de la culture profonde d’un peuple ». Nous sommes tous immergés dans « un océan de rythmes » dont nous sommes inconscients mais qui constitue un facteur de cohésion des individus au sein de notre culture.

   Si un individu n’est pas synchrone avec tel ou tel rythme, il ne pourra pas être synchrone avec un morceau de musique composé sur ce même rythme. Ainsi, s’il existe un attrait évident pour ce qui est exotique, l’assimilation d’un style musical d’une culture étrangère dont le rythme est différent du nôtre se révèle difficile. C’est pourquoi de nombreux genres musicaux sont propres à une culture en particulier : on peut supposer que l’appropriation d’un genre musical par un groupe culturel dépend de la capacité de ses membres à être synchrones avec cette musique, grâce à un rythme qui leur est familier.

La Danse de la vie

   Un certain nombre d’études ont montré que les personnes qui jouent d’un instrument ou qui possèdent des connaissances musicales ont plus d’aptitudes que les autres pour l’apprentissage des langues en raison de leur plus grande faculté à en percevoir et à reproduire fidèlement l’accent. Or avoir un rythme et un accent corrects, lorsqu’on apprend une langue, est primordial, pour deux raisons au moins. D’abord parce que le rythme, l’accent et l’intonation sont ce qui véhicule les intentions, le ton, l’humour, les sous-entendus etc. Ensuite parce que, à un niveau de conscience plus profond, le rythme, l’accent et l’intonation nous permettent d’être synchrones avec un interlocuteur natif et ainsi d’attirer son attention afin que notre discours ait plus d’impact sur lui.

   Les  différences de rythme entre deux interlocuteurs peuvent donc être source d’incompréhension mais aussi de stéréotypes et de préjugés. En effet, le rythme et la manière de bouger qui lui est inhérent constituent une forme de communication non verbale. Edward T. Hall nous donne l’exemple de la démarche, qui varie beaucoup d’un groupe ethnique à l’autre : la démarche des Anglo-américains est rapide et assurée alors que celle des Latino-américains est plus « fanfaronne ». Ainsi, aux yeux d’un Anglo-américain les Latino-américains peuvent paraître orgueilleux ou même prétentieux, et un Latino-américain peut croire que les Anglo-américains sont autoritaires. Nous considérons souvent, en effet, que la manière de bouger des gens nous révèle des indications sur leur caractère. En réalité, attribuer un caractère à l’ensemble des individus appartenant un groupe ethnoculturel en se fondant uniquement sur leur apparence revient à créer un stéréotype. La manière de bouger n’est pas une question de caractère, c’est, encore une fois, une question de rythme !

Pour aller plus loin :

Au-delà de la culture, une lecture du livre d’Edward T. Hall par Claire Barthélémy

La danse de la vie, une lecture du livre d’Edward T. Hall par Claire Barthélémy

Site en anglais consacré à Edward T. Hall

Le rôle du rythme pour la discrimination des langues


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