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Archive for the ‘Interculturalité : quelques pistes de réflexion’ Category

Il existe une tendance universelle à se vêtir. Le vêtement condense en effet de nombreux enjeux identitaires et culturels spécifiques dans la mesure où il rend visibles les aspects immatériels de l’organisation sociale et de l’univers symbolique. Plus précisément, la manière de se vêtir est à la fois conformité et distance par rapport à un même code.

Lipovetsky va jusqu’à remettre en question la notion de distinction sociale établie par Bourdieu, comme il l’écrit :

« Dans l’histoire de la mode, ce sont les valeurs et les significations culturelles modernes dignifiant en particulier Le Nouveau et l’expression de l’individualité humaine qui ont exercé un rôle prépondérant ».
Le rôle de signifiant et de signifié du vêtement est donc un objet d’étude fort pertinent dans un champ disciplinaire interculturel et terminologique, les groupes sociaux se désignant parfois eux-mêmes et entre eux par des termes reliés à leur habillement et à leur apparence (gothiques, punks, racailles, etc).

Le vêtement : un signifiant et un signifié pour la sociologie

Nous étudions le vêtement en tant que signifiant particulier d’un signifié général. C’est une expression individuelle et collective d’une structure et d’un atmosphère culturelles et sociales.
Nous nous appuyons sur le remarquable travail de Barthes, Histoire et sociologie du Vêtement, incontournable pour notre sujet. Afin d’appréhender les quatre termes clefs mentionnés plus haut comme ensemble notionnel cohérent, nous commencerons par approfondir les termes génériques de vêtement et de costume.

Une distinction sémantique s’est établie entre ces deux termes, en attribuant à vêtement les faits de protection et à costume les faits de parure. Barthes qualifie cette dichotomie « d’illusion psychologique », laquelle consiste à faire croire que le vêtement correspond à la somme d’instincts individuels. C’est cette illusion du passage de la protection à la parure que la sociologie se propose de dépasser. Ce qui est particulièrement pertinent pour nous, c’est de penser la « tendance de toute couverture corporelle à s’insérer dans un système formel organisé, normatif, consacré par la société ».
En suivant ce raisonnement, nous en concluons que le costume est d’ordre axiologique qui diffère selon la culture concernée, « à la fois système et histoire, acte individuel et institution collective ».

Cette formulation du problème intéresse d’autant plus des linguistes travaillant la différence du traitement éditorial qu’elle est construite en parallèle au concept de langage. Langage et costume, comme structures complètes constituées par un réseau de normes et de formes, sont ainsi pensés parallèlement, donnant à notre sujet une ampleur et une pertinence propices au traitement culturellement marqué de l’information sur des interfaces graphiques.

Pour aller plus loin :
Barthes Roland, Histoire et sociologie du Vêtement. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 12e année, N. 3, 1957

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 « Dis-moi d’où tu viens, je te dirai ce que tu penses ». Quelle affirmation présomptueuse! Qui heureusement n’est pas avérée. Cependant, on pourrait seulement changer un mot et parvenir à une observation qui d’un coup semble bien plus pertinente : “Dis-moi d’où tu viens, je te dirai comment tu penses ».

 

Toute culture est une sorte de « tube de colle qui permet de souder un groupe social » ( l’expression est employée par Marieke de Mooij dans son livre Global Marketing and Advertising : Understanding Cultural Paradoxes). Toute culture est une piste sur laquelle chaque individu va pouvoir danser.

Les schémas de pensée et des façons de réfléchir vont bien souvent être communs au sein d’une culture et bien entendu varier d’une culture à l’autre. Il existe plusieurs types d’approches intellectuelles :

Le type gallique, à la française. C’est celui de Descartes et de tous les grands penseurs français, qui produisent du concept destines à devenir les cadres dans lesquels vont s’articuler la réflexion de leurs semblables. La théorie et les principes font office d’autorité supérieure à laquelle les français pourront se référer lorsqu’ils souhaitent démontrer quelque chose.

Le type teuton, qui a généré un nombre impressionnants de grands penseurs allemands (Hegel, Kant, Heidegger, Nietzsche, Marx, Freud, Goethe, Schopenhauer…) qui fonctionnent par déduction de ce qu’ils observent.

The type saxon exige des preuves et du concret, un peu à la manière de Saint Thomas face à la résurrection du Christ. Un fait est un fait et ne peut pas être discuté.

The style nippon, qui s’attache plus à l’impression générale que l’on a des choses, aux sentiments qu’on éprouve. Au Japon, la logique a moins de valeur qu’en France ou qu’aux Etats-Unis. Les Japonais, tout comme les Saoudiens, se fient à leurs instincts et à leur intuition.

Attention cependant : on aura raison d’objecter que Kant, par exemple, bien qu’il soit allemand, était un spécialiste des concepts théoriques abstraits et que Descartes, avec son “je pense donc je suis”, s’est impose en maître de la déduction. Cette théorie des façons de réfléchir ne doit donc pas être généralisée à tous les individus.

Cependant on remarquera tout de même que les Américains ont une tendance marquée à demander des faits et des preuves concrets lorsque l’on cherche à leur démontrer quelque chose. Le terme « accumulation » apparaît énormément dans les ouvrages américains : un indice intéressant de la façon dont les Etats-Unis quantifient même les choses abstraites comme la connaissance ou la compétence.

Pour les Asiatiques, contrairement aux occidentaux et à leur système de déduction en chaîne fondé sur des faits avérés, A peut mener à B mais B peut également mener à Z qui peut également mener à B : chaque chose du monde est interdépendante.

 

Dans les écoles occidentales, l’analyse critique et la déduction sont vivement stimulées et encourages. En Asie en revanche, on fera plutôt appel à la mémoire des élèves dans le processus d’apprentissage. Il serait intéressant de postuler que ce système d’apprentissage par la mémorisation soit une des raisons pour lesquelles les Asiatiques ont une telle capacité à associer faits et événements de façon totalement libre, sans se cantonner à une structure logique à l’occidentale.

Pour conclure cet article, une observation qui nous est venue quant à la langue russe. Cette dernière emploie beaucoup la forme négative. Ne vous étonnez pas si vous entendez un Russe vous expliquer calmement qu’il “n’y aura jamais aucun événement catastrophique en 2012 car nous n’avons jamais pas pu constater le contraire.” Etonnant, non? Cette structuration de la grammaire a une influence sur la façon de penser des Russes, ce qui explique la singularité de la pensée de certains écrivains et penseurs russophones. Mais bien sûr, on pourrait également dire que c’est la mentalité russe qui est à l’origine de cette grammaire si particulière (la Russie a rarement connu la paix et en temps de confit, il faut savoir dire non…).

Deux articles intéressants :

La négation en russe

La programmation mentale selon les pays

Un ouvrage sur le sujet : Cultures et modes de pensées, l’esprit humain dans ses oeuvres (Jerome Bruner)

Les secteurs de la publicité et du marketing utilisent aujourd’hui les valeurs de leurs consommateurs, dans le but de différentier et de positionner les marques vis-à-vis de leurs concurrents. Que ce soit en termes de segmentation ou de positionnement, les valeurs sont au cœur de nombreux processus de décision. Si les valeurs des consommateurs et des équipes de marketing varient en fonction de leur culture d’appartenance, une stratégie de communication n’est efficace que dans le cas où les valeurs des uns et des autres sont en adéquation. En effet, un plan marketing réussi est un plan qui fait écho aux valeurs de ses consommateurs potentiels.

Ainsi, une marque solide est une marque dont les valeurs sont en adéquation avec celles de ses consommateurs. C’est là tout l’art du marketing : assortir chaque produit de valeurs spécifiques à la cible visée. La publicité est en réalité l’instrument qui permet au marketing d’atteindre ce but. En effet, associer chaque marque à un système de valeurs crée dans l’esprit des consommateurs des associations d’idées, qui les aide à distinguer les produits de leurs concurrents. Les valeurs associées à ces marques sont donc cruciales, en ce qu’elles offrent aux consommateurs des critères de choix et de comparaison.

Aujourd’hui, il semble pourtant que la tendance soit à considérer chaque consommateur comme la copie conforme de son voisin, indépendamment de la culture dont il est issu, ou de son origine. De plus, cette tendance est particulièrement répandue au sein des pays occidentaux, d’ors et déjà gagnés par l’influence américaine. Quelles sont donc les raisons qui poussent les professionnels du marketing et de la publicité à n’appliquer qu’une seule et unique stratégie de communication, quelle que soit l’identité culturelle du public visé ?

Une simple observation suffit à expliquer l’origine de cette méprise: partout dans le monde, les étudiants en marketing ou en publicité reçoivent les mêmes enseignements, basés sur les mêmes théories des valeurs. Ces méthodes de travail sont élaborées la plupart du temps par des auteurs américains, ou tout du moins occidentaux. Nous pouvons, à titre d’exemple, citer le système de classification des valeurs élaboré par le psychologue Rokeach : bien que les valeurs étudiées y soient des valeurs typiquement américaines, cette méthode est enseignée et appliquée dans le monde entier.

En réalité, les individus sont socialement déterminés par le groupe auquel ils appartiennent. Et, tout comme il n’y a pas de culture universelle, il n’existe pas non plus de valeurs universelles.  En effet, lorsque l’on cherche à les traduire vers d’autres langues, et donc au sein d’autres cultures, certaines valeurs peuvent perdre toute signification. Les valeurs des individus, tout comme celles des chercheurs, varient donc selon les cultures. Et s’il n’existe pas d’adéquation entre la culture ayant servi de modèle à une étude, et la culture du pays où cette méthode est appliquée, le plan de marketing est voué à l’échec.

Il est donc primordial de comprendre que les valeurs propres à une culture ne sont pas directement transposables à d’autres contextes. C’est pourquoi de nouvelles méthodes sont aujourd’hui en cours d’élaboration. Elles ont pour but d’aider les entreprises internationales à développer des produits commercialisables dans le monde entier, et dans le même temps à les différencier grâce à l’usage des valeurs centrales de chaque culture nationale.

Quelques articles en français pour en savoir plus :

Les grandes marques en campagne sur leurs valeurs

Les valeurs : éthique ou marketing ?

Quelques articles en anglais pour en savoir plus :

Steve Jobs lesson on marketing: Values and belief

What Is Values-Based Marketing?

Bibliographie :

Cultures et organisations, G. HOFSTEDE, Pearson Education

Le Marketing qualitatif, P. PELLEMANS, De Boeck Université

The Nature of human values, M. ROKEACH, Free Press

Global Marketing and Advertising : Understanding Cultural Paradoxes, Marieke de MOOIJ, Sage PublicationsCulture’s consequences: International differences in work-related values, G. HOFSTEDE, Sage Publications

  De nombreux genres musicaux sont connus dans le monde entier et circulent facilement d’une culture à l’autre. Cependant, certains genres de musique ne nous sont pas familiers mais peuvent néanmoins nous plaire par leur caractère exotique. Pour une oreille européenne, par exemple, la samba revêt un caractère festif alors que la musique chinoise traditionnelle est plutôt perçue comme relaxante. Ainsi, ces deux genres musicaux éveillent la curiosité et l’intérêt des Européens, qui les utilisent dans certains contextes, mais elles ne trouvent pas leur place dans la vie quotidienne dans les cultures européennes. Pourquoi ces styles de musique, comme tant d’autres, sont-ils propres à une seule culture ? Qu’est-ce qui explique que les autres cultures ne les empruntent pas comme elles ont emprunté et adopté le jazz, la pop etc. ? La lecture de l’œuvre de l’anthropologue américain Edward T. Hall nous permet de comprendre ce phénomène.

Au-delà de la culture

  Dans Au-delà de la culture, Edward T. Hall introduit la notion de synchronie, qu’il reprendra dans La danse de la vie. Dans les années 1960, William Condon a mis ce concept en évidence en analysant image par image des films montrant des personnes en train de discuter. Il a ainsi montré que, lorsque plusieurs personnes interagissent, leurs mouvements tendent à être synchronisés. Ces personnes ne se rendent pas toujours compte de ces mouvements (comme les battements de paupières ou l’agitation du petit doigt), et lorsqu’elles effectuent des mouvements plus amples (tels que des hochements de tête), elles donnent l’impression de danser ensemble une véritable chorégraphie sans en avoir conscience.

   William Condon a remarqué que ces mouvements étaient synchronisés avec les syllabes accentuées du discours. Cette observation montre qu’il existe un lien inconscient, lorsque nous parlons, entre notre discours et le rythme de nos mouvements. Mieux encore, la synchronie est déjà visible dans le comportement d’un nouveau-né : bien avant d’être capable de parler, un bébé synchronise ses mouvements avec la voix humaine, quelque soit la langue employée. Edward T. Hall en conclut que la synchronie est innée et universelle, et qu’elle constitue un élément fondamental du langage. Néanmoins, en grandissant, nous nous habituons au rythme de notre propre langue et nous ne parvenons plus à être synchrones avec une personne parlant une langue qui nous est étrangère. Le rythme est donc une partie de notre culture dont nous ne sommes absolument pas conscients. C’est pourquoi les peuples créent des genres musicaux en fonction du rythme de leur langue, lequel permet aux individus d’instaurer un lien avec leurs interlocuteurs. Ainsi, la musique est, pour Hall, un « consensus rythmique constitutif de la culture profonde d’un peuple ». Nous sommes tous immergés dans « un océan de rythmes » dont nous sommes inconscients mais qui constitue un facteur de cohésion des individus au sein de notre culture.

   Si un individu n’est pas synchrone avec tel ou tel rythme, il ne pourra pas être synchrone avec un morceau de musique composé sur ce même rythme. Ainsi, s’il existe un attrait évident pour ce qui est exotique, l’assimilation d’un style musical d’une culture étrangère dont le rythme est différent du nôtre se révèle difficile. C’est pourquoi de nombreux genres musicaux sont propres à une culture en particulier : on peut supposer que l’appropriation d’un genre musical par un groupe culturel dépend de la capacité de ses membres à être synchrones avec cette musique, grâce à un rythme qui leur est familier.

La Danse de la vie

   Un certain nombre d’études ont montré que les personnes qui jouent d’un instrument ou qui possèdent des connaissances musicales ont plus d’aptitudes que les autres pour l’apprentissage des langues en raison de leur plus grande faculté à en percevoir et à reproduire fidèlement l’accent. Or avoir un rythme et un accent corrects, lorsqu’on apprend une langue, est primordial, pour deux raisons au moins. D’abord parce que le rythme, l’accent et l’intonation sont ce qui véhicule les intentions, le ton, l’humour, les sous-entendus etc. Ensuite parce que, à un niveau de conscience plus profond, le rythme, l’accent et l’intonation nous permettent d’être synchrones avec un interlocuteur natif et ainsi d’attirer son attention afin que notre discours ait plus d’impact sur lui.

   Les  différences de rythme entre deux interlocuteurs peuvent donc être source d’incompréhension mais aussi de stéréotypes et de préjugés. En effet, le rythme et la manière de bouger qui lui est inhérent constituent une forme de communication non verbale. Edward T. Hall nous donne l’exemple de la démarche, qui varie beaucoup d’un groupe ethnique à l’autre : la démarche des Anglo-américains est rapide et assurée alors que celle des Latino-américains est plus « fanfaronne ». Ainsi, aux yeux d’un Anglo-américain les Latino-américains peuvent paraître orgueilleux ou même prétentieux, et un Latino-américain peut croire que les Anglo-américains sont autoritaires. Nous considérons souvent, en effet, que la manière de bouger des gens nous révèle des indications sur leur caractère. En réalité, attribuer un caractère à l’ensemble des individus appartenant un groupe ethnoculturel en se fondant uniquement sur leur apparence revient à créer un stéréotype. La manière de bouger n’est pas une question de caractère, c’est, encore une fois, une question de rythme !

Pour aller plus loin :

Au-delà de la culture, une lecture du livre d’Edward T. Hall par Claire Barthélémy

La danse de la vie, une lecture du livre d’Edward T. Hall par Claire Barthélémy

Site en anglais consacré à Edward T. Hall

Le rôle du rythme pour la discrimination des langues

A l’heure où les différences semblent se gommer entre les peuples, et où l’hégémonie américaine s’impose dans des domaines aussi divers que la musique, l’économie, le cinéma, ou l’alimentation, les particularités qui font la richesse de notre planète ont-elles toutes disparu ? Il devient bon de s’interroger sur le sens profond de l’expression « culture universelle » : à quoi renvoie-t-elle réellement ? Existe-t-il en effet une culture mondiale, identique en tous points du globe ?

C’est ce qu’ont semblé affirmer dès les années 1940 de grands philosophes et anthropologistes, tels que l’américain George Murdock, auteur d’une liste regroupant l’ensemble des caractéristiques de notre « culture universelle ». Murdock n’est pas le seul à s’être penché sur la question, puisque d’autres éminents spécialistes tels que le français Claude Lévi-Strauss ou l’américain Donald Brown se sont également mis d’accord sur certains principes qu’ils considéraient comme communs à l’ensemble des cultures de notre planète. Cette liste regroupe des activités et des valeurs aussi diverses que le fait cuisiner, de se nourrir, de rester propre et en bonne santé, ou encore d’aspirer au bonheur.

Cependant, il convient de manier avec précaution ce concept de « culture universelle ». Par exemple, même si le fait de se nourrir constitue un principe universel commun à chaque être humain sur Terre, il faut rester vigilant sur un point : si les Hommes se nourrissent en effet quel que soit l’endroit où ils vivent, la façon dont ils le font varie énormément d’une culture à l’autre, d’un état à l’autre, mais également d’une région à l’autre.

C’est par exemple pour cette raison qu’en 2010, le repas gastronomique des français a été inscrit par l’Unesco sur la Liste Représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. « Le repas gastronomique des Français joue un rôle social actif dans sa communauté, et il est transmis de génération en génération comme partie intégrante de son identité », peut-on ainsi lire sur le site de l’Unesco. A l’heure où la restauration rapide se fait de plus en plus présente, y compris dans les nouveaux pays émergents, cet effort de sauvegarde illustre la volonté des peuples de préserver leurs spécificités culturelles face à la mondialisation.

Crédits : Pascal Xicluna/min.agri.fr

Ainsi, il est possible d’identifier certains principes culturels communs à tous les groupes humains, tels que se nourrir, rester propre, pratiquer une religion, se vêtir, etc. Cependant, la manière dont ces valeurs s’expriment au sein de chaque culture est diverse, et il revient à chacun de veiller à ce que nos différences ne s’effacent pas totalement au profit d’une culture mondialisée.

Quelques sites en français pour en savoir plus :

Le repas gastronomique des français sur le site de l’Unesco

Le repas gastronomique des français sur le site de la Diplomatie Française

Dossier « Mondialisation et diversité culturelle »

Quelques sites en anglais pour en savoir plus :

Biographie de George Murdock

« Cultural universals »

Emission de radio sur la BBC : « Culture and Globalization »

Bibliographie :

Global Marketing and Advertising : Understanding Cultural Paradoxes, Marieke de MOOIJ, Sage Publications

The Common Denominator of Culture, George Murdock, Columbia University Press

                                                                   

     Le concept de culture représente un véritable enjeu de définition. Le processus définitoire implique un effort de distinction d’un concept d’un autre, c’est à dire d’établissement de frontières sémantiques. Cette difficulté tient notamment de l’omniprésence de la culture, en tant qu’elle inclut tout effort que les humains déploient en vue de rendre la planète dans laquelle ils évoluent habitable. Nous recherchons tous un endroit où pouvoir rentrer, une entité qu’on appellerait maison, douillette et accueillante. C’est pourquoi il apparaît aussi complexe qu’enrichissant d’étudier le sens que les individus confèrent à l’espace. Comment s’approprient-t-ils des circonstances imposées (en l’occurrence, être né à tel endroit à telle époque) pour en faire leur mode de vie ? Chaque culture donne à l’espace un style et une structure.

    E. T. Hall, en élaborant la théorie de la proxémie, laquelle peut être définie comme la conceptualisation des différents modes de traitement de l’espace selon des cultures spécifiques, a fait cet effort de distinction et de dénomination des réactions des individus face à l’espace selon leurs personnalités et environnements. La perception de l’espace est dynamique : il est conçu comme un lieu où nous agissons, nous ressentons et nous nous risquons. L’espace humain est ainsi un endroit qui se traverse et s’éprouve, et de ce fait, se structure et se négocie. Le mode de vie d’un individu se reflète donc dans la structuration personnelle et culturelle de l’espace. Même si l’appréhension de la distance varie en fonction des mœurs sémiotiques personnels et culturels, quatre modes prototypiques sont considérés : les distances intime, personnelle, sociale et publique. La tension entre un comportement universel et un comportement culturellement marqué est un objet d’observation très pertinent à l’heure d’étudier la communication interculturelle.

    Les expériences de cohabitation avec des étrangers (ce que l’on peut également nommer colocation interculturelle) rend en ce sens manifeste la négociation de l’espace privé dans un contexte trans-culturel. Il convient en effet de noter la rapidité avec laquelle l’espace est divisé est approprié symboliquement par chaque colocataire. Par exemple, il est frappant de constater l’appropriation de la vaisselle la plus utilisée (les tasses, par exemple). Officieusement, mais sûrement, les colocataires trans-culturels porteront leur dévolu sur une tasse et y seront fidèles. Cette personnalisation de l’espace et des objets spatiaux tend à signifier qui possède quoi et comment ces deux modes de possession peuvent se combiner. Elle contribue également à créer des repères et des règles implicites. En ce sens, la répartition stratégique des aires fonctionnelles de la salle de bain est rapidement opérée. Les brosses à dents, certainement l’élément le plus utilisé, banal et privé à la fois d’une salle de bain, sont installées loin l’une de l’autre, si possible aux extrémités opposées du meuble de rangement. Cette même remarque d’organisation s’applique à l’intérieur du frigidaire, où les articles alimentaires sont séparés en fonction de son possesseur, mettant en évidence de façon plus frappante les différentes habitudes alimentaires.

    Des réactions analogues peuvent évidemment être observées dans un contexte intraculturel. Mais l’aspect interculturel ne fait que renforcer la structuration signifiante de l’espace privé. En effet, le fait que les colocataires n’appartiennent pas à la même approche culturellement déterminée de l’espace vient renforcer le besoin de compromis et d’efforts pour assurer une cohabitation harmonieuse. Par exemple, si le colocataire espagnol qui utilise beaucoup d’huile dans sa cuisine, il sera d’autant plus attendu de la part du colocataire français qu’il en nettoie les taches, faisant partie des différences interculturelles. Des chercheurs ont établi que l’anxiété, la souplesse et la tolérance constituent à la fois les conséquences et les prérequis de la communication interculturelle. Adam Kiss a nommé ce sens d’effort social dans la rencontre interculturelle empathie. Il s’agit d’une attitude contrôlée visant à appréhender les divergences interculturelles susceptibles de provoquer de l’incompréhension, et donc de l’anxiété. Ce concept d’empathie souligne que l’espace partagé doit être structuré et approprié de façon compréhensive. L’observation de la manière de signaler les limites de l’aire privée est également très fructueuse dans ce contexte. Si le colocataire laisse la porte de sa chambre ouverte, il signale, tout en étant son espace privé, qu’il est apte à interagir dès lors que le colocataire se présente sur le seuil. Une porte entrebâillée suggère une sollicitation ambiguë ou une signe extérieur de volonté coopérative et empathique. Une porte fermée démontre que le colocataire est indisponible et à ne pas déranger.

La colocation interculturelle forme donc un espace propice à l’observation des problématiques interculturelles. Elle manifeste avec quelles profondeur et complexité l’espace réfléchit l’individu et la culture, et à quel point la culture réfléchit tout.

                                                                                                                                                                                                                Z. W.

Pour aller plus loin, un article scientifique très bien structuré sur La dimension cachée de E.T. Hall : la dimension cachée.

Les répercussions du Confucianisme sur les relations interpersonnelles et les schémas de communication en Asie de l’Est

                                                                                                                                                                                                                                                       June Ock Yum

      Le Confucianisme est une philosophie millénaire qui est au fondement des valeurs sociales et politiques des pays d’Asie de l’Est, tels que la Chine, la Corée et le Japon.

Caractérisée par le rationalisme et le pragmatisme, elle s’articule autour de quatre grands principes : l’humanisme, qui découle du concept de réciprocité et qui englobe les qualités de l’homme idéal ; la loyauté, qui encourage les individus à agir au-delà de leur intérêt personnel et à œuvrer en faveur de l’intérêt général ; la bienséance, grâce à laquelle l’humanité subsiste à travers l’ordre social ; et la sagesse.

Les doctrines confucéennes prennent leur source dans les relations sociales, ce qui les oppose clairement aux conceptions individualistes nord-américaines. En effet, les habitants des pays d’Asie de l’Est distinguent les relations sociales en fonction du niveau d’intimité, du statut des différents interlocuteurs et du contexte, tandis que les nord-américains appliquent les mêmes règles à chacun afin d’être en accord avec leurs valeurs individualistes. Si, au sein des cultures confucéennes, les relations sociales sont basées sur la réciprocité et la confiance, relations personnelles et professionnelles sont souvent confondues, ce qui est loin d’être le cas en Amérique du Nord, où la vie privée est considérée comme une retraite éloignée du stress et de la compétitivité du monde du travail. En outre, à l’inverse des nord-américains, les est-asiatiques établissent une distinction nette entre les membres du groupe auquel ils appartiennent et les membres extérieurs à ce groupe, ce qui traduit l’importance qu’ils accordent à la loyauté et l’ancienneté des individus au sein d’un groupe. Un intermédiaire informel est indispensable à la naissance d’une nouvelle relation sociale au sein d’une culture confucéenne, alors que l’intermédiaire nord-américain doit être neutre.

Les principes du Confucianisme influencent considérablement les schémas de communication en Asie de l’Est. En effet, la communication est appréhendée en tant que procédé interprétatif infini, ce qui signifie que la relation est dans un état de perpétuel changement. A l’inverse des nord-américains, les est-asiatiques sont convaincus que ce procédé a plus de valeur que l’issue de la communication en elle-même. De plus, le contraste entre niveaux de langage familier et soutenu est bien plus évident au sein des cultures confucéennes qu’en Amérique du Nord, et une relation initiée sur la base d’un langage honorifique ne peut en aucun cas dériver vers une relation au registre moins soutenu, même après plusieurs années de fréquentation. Ce phénomène démontre l’importance que les est-asiatiques accordent aux différents types de relations sociales. Dans les pays d’Asie de l’Est, la communication indirecte, destinée à préserver la face de son interlocuteur, est le mode de communication le plus fréquent, ce qui implique un esprit de déduction et un rationalisme fortement développés. La communication indirecte est également pratiquée en Amérique du Nord, mais on lui préfère un mode de communication clair, précis et explicite. Enfin, les schémas de communication dans les pays d’Asie de l’Est se concentrent sur le destinataire, ce qui implique la pratique d’une communication anticipatrice afin de déterminer le sens implicite des propos du locuteur. A l’instar de la communication indirecte, cet aspect de la communication permet d’éviter au locuteur toute forme d’embarras. En revanche, la manière de formuler les messages est capitale dans les cultures nord-américaines.

Pour remédier aux imperfections dont ils pâtissent, Confucianisme et individualisme disposent d’une solution identique : affiner leur sensibilité envers autrui.
Il faut en outre garder à l’esprit que l’inexorable mondialisation entraînera vraisemblablement un déclin dans le nombre d’est-asiatiques perpétuant la tradition des relations sociales confucéennes.


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