Publié par : 5 CIT le : 1 décembre 2011
Les répercussions du Confucianisme sur les relations interpersonnelles et les schémas de communication en Asie de l’Est
June Ock Yum
Le Confucianisme est une philosophie millénaire qui est au fondement des valeurs sociales et politiques des pays d’Asie de l’Est, tels que la Chine, la Corée et le Japon.
Caractérisée par le rationalisme et le pragmatisme, elle s’articule autour de quatre grands principes : l’humanisme, qui découle du concept de réciprocité et qui englobe les qualités de l’homme idéal ; la loyauté, qui encourage les individus à agir au-delà de leur intérêt personnel et à œuvrer en faveur de l’intérêt général ; la bienséance, grâce à laquelle l’humanité subsiste à travers l’ordre social ; et la sagesse.
Les doctrines confucéennes prennent leur source dans les relations sociales, ce qui les oppose clairement aux conceptions individualistes nord-américaines. En effet, les habitants des pays d’Asie de l’Est distinguent les relations sociales en fonction du niveau d’intimité, du statut des différents interlocuteurs et du contexte, tandis que les nord-américains appliquent les mêmes règles à chacun afin d’être en accord avec leurs valeurs individualistes. Si, au sein des cultures confucéennes, les relations sociales sont basées sur la réciprocité et la confiance, relations personnelles et professionnelles sont souvent confondues, ce qui est loin d’être le cas en Amérique du Nord, où la vie privée est considérée comme une retraite éloignée du stress et de la compétitivité du monde du travail. En outre, à l’inverse des nord-américains, les est-asiatiques établissent une distinction nette entre les membres du groupe auquel ils appartiennent et les membres extérieurs à ce groupe, ce qui traduit l’importance qu’ils accordent à la loyauté et l’ancienneté des individus au sein d’un groupe. Un intermédiaire informel est indispensable à la naissance d’une nouvelle relation sociale au sein d’une culture confucéenne, alors que l’intermédiaire nord-américain doit être neutre.
Les principes du Confucianisme influencent considérablement les schémas de communication en Asie de l’Est. En effet, la communication est appréhendée en tant que procédé interprétatif infini, ce qui signifie que la relation est dans un état de perpétuel changement. A l’inverse des nord-américains, les est-asiatiques sont convaincus que ce procédé a plus de valeur que l’issue de la communication en elle-même. De plus, le contraste entre niveaux de langage familier et soutenu est bien plus évident au sein des cultures confucéennes qu’en Amérique du Nord, et une relation initiée sur la base d’un langage honorifique ne peut en aucun cas dériver vers une relation au registre moins soutenu, même après plusieurs années de fréquentation. Ce phénomène démontre l’importance que les est-asiatiques accordent aux différents types de relations sociales. Dans les pays d’Asie de l’Est, la communication indirecte, destinée à préserver la face de son interlocuteur, est le mode de communication le plus fréquent, ce qui implique un esprit de déduction et un rationalisme fortement développés. La communication indirecte est également pratiquée en Amérique du Nord, mais on lui préfère un mode de communication clair, précis et explicite. Enfin, les schémas de communication dans les pays d’Asie de l’Est se concentrent sur le destinataire, ce qui implique la pratique d’une communication anticipatrice afin de déterminer le sens implicite des propos du locuteur. A l’instar de la communication indirecte, cet aspect de la communication permet d’éviter au locuteur toute forme d’embarras. En revanche, la manière de formuler les messages est capitale dans les cultures nord-américaines.
Pour remédier aux imperfections dont ils pâtissent, Confucianisme et individualisme disposent d’une solution identique : affiner leur sensibilité envers autrui.
Il faut en outre garder à l’esprit que l’inexorable mondialisation entraînera vraisemblablement un déclin dans le nombre d’est-asiatiques perpétuant la tradition des relations sociales confucéennes.
9 janvier 2012 à 18:25
[...] A titre d’exemple concret, je vous invite à lire le billet : “le Confucianisme : quelques notions“. [...]